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Une sculpture attribuée à Michel-Ange et achetée par l’Italie pour 3 millions d’euros est-elle réellement de l
posté le 04/01/2010

Un procureur vient d’ouvrir une enquête sur l’achat par l’Etat italien d’un crucifix en bois, attribué à Michel-Ange, et acquis en grande pompe pour 3,3 millions d’euros. L’objet pourrait ne pas être l’œuvre du célèbre maître.
Pour 3,2 millions d'euros, l'Etat italien pensait avoir fait une bonne affaire en acquérant, le 11 décembre 2008, une statue en bois d'un Christ en croix haute de 41,3 centimètres, datant de 1495 et attribuée à Michelangelo Buonarotti dit Michel-Ange (1475-1564). Qui dit moins ? D'autant que le vendeur, un antiquaire de Turin (Piémont), en demandait 15 millions d'euros. Tout attestait le talent de Michel-Ange, alors âgé de 20 ans : la légèreté de l'ensemble, l'articulation des genoux, les muscles des épaules, les fesses, l'inclinaison de la tête du Christ qui évoque inévitablement la Pietà de la basilique Saint-Pierre de Rome. Restaient bien un torse trop compact ou des jambes trop longues. Mais, à ce prix-là, on n'allait pas chipoter.
L’Etat italien a-t-il « gaspillé » des millions d’euros pour l’achat d’une œuvre arbitrairement attribuée à Michel-Ange ?
En décembre 2008, l’achat par l’Etat italien d’un crucifix en bois de petite taille (41 cm) pour 3,3 millions d’euros avait fait grand bruit. Attribué à Michel-Ange, le crucifix était alors célébré par la presse comme « une redécouverte capitale » , le pape Benoît XVI l’avait admiré, et 30 000 personnes étaient venues le contempler au Parlement italien à Rome.
Mais dès avril 2009, un article du New York Times pointait les désaccords entre les spécialistes sur l’attribution de la pièce et les circonstances un peu étranges de son achat. En effet, le crucifix a été acheté à un antiquaire turinois qui en demandait au départ 18 millions d’euros. La baisse importante du prix aurait du alerter les autorités, selon les experts qui doutent de l’attribution à Michel Ange.
Tomaso Montanari, professeur d’histoire de l’art à l’université de Naples, en fait partie : « le plus étonnant dans cette affaire, c’est que pour un achat de cette importance, le ministère et le comité d’acquisition ont demandé l’avis des mêmes experts qui ont procédé à l’attribution de l’œuvre. Dans quelle transaction, quelle qu’elle soit, l’acheteur choisit-il de faire appel aux mêmes consultants que le vendeur ? » confie-t-il au Corriere Fiorentino.
Les policiers, spécialistes de la protection du patrimoine culturel, sur ordre de la cour des Comptes de Rome, se sont présentés le 12 décembre au siège du ministère de la Culture et ont saisi la correspondance entre le ministère et la Surintendance de Florence, ainsi que tous les documents relatifs à l’attribution et à l’achat de l’œuvre. Ils vont devoir déterminer si l’œuvre a été attribuée à Michel-Ange sur des bases sérieuses, et si le comité d’acquisition n’a pas été trop hâtif dans l’achat du crucifix.
Si l’œuvre s’avérait n’être pas une sculpture de Michel-Ange, mais « seulement » un crucifix florentin d’un artiste anonyme du XVe siècle, elle serait estimée, selon l’expert en sculpture Renaissance Fransesco Caglioti, à environ 100 000 euros. Une « sacrée » perte pour l’Etat italien.

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